Des souvenirs devant...Voilà l'avis que peut lire sur le site de la fnac
Les histoires d'amour finissent mal, en général. Et celles entre le public et ses idoles ne font pas exception. Patrick Bruel, qui bourlingue au sommet des classements et sur les écrans depuis vingt ans, sait, mieux que tout autre certainement, que ce qui a été donné peut-être repris, comme ça du jour au lendemain. La passion, la foi en l'existence, ces drôles de liens ténus qu'elles tissent entre les gens qui se mettent le c½ur en deux à la moindre occasion, peuvent se transformer en licence globale pour survivre, entre indifférence conjoncturelle et coups de lâches. Mais Patrick Bruel s'en est sorti, en dépit des loups, des caricatures griffonnées sur un coin de table à trois pattes, en dépit de lui. Comme si, ressemblant aux héros des enfants, il finissait toujours par gagner.
"Des souvenirs devant..." est tout simplement son meilleur disque à ce jour. Pas seulement parce qu'il en a composé toutes les musiques en fermant les yeux et en pensant très fort à celles des films de Sautet, qui nous manque. Pas seulement parce qu'il en a écrit tous les textes après avoir accepté de se laisser entortiller dans les spirales de ses vieux carnets. Pas seulement parce que David Moreau et sa belle équipe lui ont concocté un son idéal, chaleureux et sincère, qui met en valeur sa voix sans ambages et ses mélodies qui fonctionnent avec un simple arpège, mais aiment bomber le torse lorsqu'une rythmique ou des cordes les y invitent. Des souvenirs d'avant... claque et désarme surtout parce qu'il ressemble à cet homme attachant qui, c'est bien connu et déplorable pour le joueur de poker en lui, triche mal. À l'heure où ses camarades de square et leurs héritiers divers reculent masqués au nom de la nostalgie d'une époque qu'ils n'ont pas connue (nouvelle chanson française ?), il avance à nu et se raconte tel qu'il a toujours été, du rire aux larmes, nostalgique certes, mais le regard rivé sur un avenir qu'il veut croire meilleur. Ses proches connaissent ses travers de musicien équilibriste, un pied dans la marmite de la variété d'antan et l'autre dans celle de la pop anglo-saxonne, et l'aiment aussi parce qu'il est incapable de les contrôler. Son public est dans la confidence. Avec "Va où tu veux", "Je fais semblant", "Gosses en cavale", "Où sont les rêves" ou cette "Maison de papier" impossible à chiffonner, il va certainement caracoler dans les hit-parades mais l'important est ailleurs. Bruel, qui est heureux, veut, à son tour, redistribuer. Des petites vignettes de bonheur tendre, des notes qui trottent et réconfortent qu'on peut mettre là, dans un coin de sa tête, pour faire un bout de route avec et iriser la grisaille. Et tous ceux qui ne s'attendaient pas à lui vont devoir s'incliner.